Alyette GREIVELDINGER

 

L’Association européenne des étudiants en chirurgie dentaire vient d’élire sa nouvelle présidente, Alyette Greiveldinger, 24 ans. Étudiante en sixième année à Paris-VII, la jeune femme revient sur les missions et les enjeux qui animent l’équipe de l’EDSA.

 

 

 

Quelles sont les missions de l’European Dental Students’s Association (EDSA) ?

Alyette Greiveldinger : Depuis sa création, l’EDSA est la seule association qui représente les étudiants en chirurgie dentaire auprès des instances européennes académiques, professionnelles et politiques. Ce qui nous amène à prendre position via des déclarations de principe et des motions. L’objectif est notamment d’influencer les décideurs nationaux et européens, de réfléchir à l’avenir de notre profession et de donner les clés à chacun pour être acteur de ces changements. Nous formons également les cadres de nos associations membres car bon nombre de sujets liés à la santé relèvent de la compétence des États et non de l’Union européenne. Les formations se déroulent lors de nos deux congrès annuels, ouverts à tous les étudiants. C’est aussi l’occasion de leur fournir les outils et compétences pour diriger et structurer leurs associations locales et/ou nationales. Enfin, les congrès, mais aussi des événements ponctuels tels que les European Visiting Programmes (EVP) ou les Summer Camps, permettent aux étudiants de nouer des contacts internationaux, d’échanger sur des sujets académiques, scientifiques et associatifs et de s’immerger dans la culture médicale d’autres pays.

 

Comment appréhendez-vous votre rôle de présidente de l’EDSA ?

Avec pragmatisme et détermination. Je vais là où je pense pouvoir apporter quelque chose. C’est ce qui m’a conduit à m’engager. D’abord au sein de l’Union nationale des étudiants en chirurgie dentaire (UNECD) où j’ai représenté ma faculté avant de devenir vice-présidente en charge des affaires internationales. Puis à l’EDSA, où j’ai enchaîné deux mandats successifs au poste de secrétaire général. Je connais bien les rouages et les outils développés pour améliorer le fonctionnement de la structure. Nous avons une excellente équipe. Je souhaite les accompagner et leur donner les moyens de concrétiser leurs projets. Je compte également m’appuyer sur notre réseau de membres très actifs car les différents points de vue nationaux enrichissent nos débats.

Votre mandat s’achèvera en août 2019. D’ici là, quel est votre programme ?

Nous allons agir sur deux fronts. En interne, il va falloir consolider ce qui a été instauré. Nous avons une équipe renforcée et nous sommes davantage participatifs. Nous allons mettre en place des webinars et un Research Summer Camp pour continuer à développer l’intérêt des étudiants pour la recherche et une pratique fondée sur les preuves. Sur le plan extérieur, nous avons à cœur de renforcer notre visibilité à Bruxelles et de continuer à travailler avec les organisations professionnelles (lire l’encadré relatif aux partenaires de l’EDSA). La voix des associations nationales d’étudiants doit se structurer et porter davantage sur la scène européenne. Nous nous intéressons évidemment à la qualité de la formation des étudiants, mais aussi aux conditions de la mobilité internationale dans le respect de la sécurité des patients. Les flux d’étudiants comme de professionnels sont une réalité, il nous faut trouver comment les organiser. Je suis réaliste : certains défis nécessiteront plusieurs générations de bénévoles avant de parvenir à des résultats concrets.

 

Sur le plan politique, quel dossier est à l’ordre du jour ?

La mobilité des étudiants et des professionnels au sein de l’Europe reste un enjeu majeur. C’est une réalité qu’on ne peut plus nier. Elle comporte de multiples facettes qu’il faut nécessairement prendre en compte : démographie, formation, opportunités économiques, etc. Aujourd’hui notre génération a une infinité de possibilités d’études et de formations, surtout en ce qui concerne les spécialisations, la formation continue et la recherche. Les sociétés scientifiques européennes font un gros travail d’harmonisation. Par ailleurs, si certaines conditions de formation ou d’exercice sont inacceptables, c’est aux régulateurs et aux législateurs de s’en saisir au cas par cas. Pour les aider dans cette tâche, nous disposons d’un vaste réseau de membres et d’une connaissance de terrain très importante. Notre plus gros axe de bataille concerne évidemment la directive dite des qualifications professionnelles et son annexe sur la chirurgie dentaire*. Comme l’ensemble du corps professionnel, nous souhaitons que soient enfin reconnus les aspects modernes de notre formation et que soient intégrés des garde-fous sur la formation, notamment clinique. Une approche par compétence serait intéressante à mettre en place, mais sa traduction concrète dans les universités pose de nombreux défis. Il est toujours plus facile de lister des matières que de réfléchir au profil d’activité et de compétence du chirurgien-dentiste. En tout état de cause, l’union d’une profession autour d’une même problématique est la première étape pour avoir une chance de faire apparaître le plus rapidement possible, et avec le plus de poids possible, ses doléances sur l’agenda de la Commission européenne.

 

Quel regard portez-vous sur le monde de la chirurgie dentaire ?

Nous sommes dans une phase de transition. Du fait de la numérisation, de l’émergence de la e-santé, de l’influence des parties tierces comme les assureurs, les conditions d’exercice évoluent. Cela se vérifie un peu partout en Europe. La santé des populations est en évolution. Les maladies non transmissibles mettent nos systèmes de santé à rude épreuve. Mais elles sont des relais intéressants pour valider notre profession. Les liens entre les maladies orales et systémiques nous aident à acquérir davantage de reconnaissance. Il y a néanmoins un équilibre délicat à trouver. À trop chercher la validation de notre profession par le biais des maladies qui ne sont pas « les nôtres », on en oublie notre spécificité. Il me semble que la question que nous devons constamment nous poser est la suivante : que doit apporter la chirurgie-dentaire à la société et que doivent apporter les chirurgiens-dentistes à leurs communautés ? Nous devons définir notre identité professionnelle pour orienter notre formation et nos modes d’exercice.

* Cette directive européenne fixe notamment les conditions de reconnaissance des diplômes de chirurgie dentaire au sein de l’Union européenne.

 

 

Logo EDSAEDSA

L’European Dental Students’s Association (EDSA) a été cofondée par le Français Jean-Luc Bueno, alors étudiant en chirurgie dentaire, en 1988. À cette époque, la Communauté européenne économique (CEE) compte douze États membres et le jeune homme réalise qu’il n’existe pas d’association regroupant les étudiants en médecine dentaire des différents pays de l’espace européen. Il entreprend donc de créer cette association car il garde en tête que les frontières de l’Europe seront bientôt abolies (en 1993) permettant, entre autres, une libre circulation des diplômes. L’enjeu : «rencontrer les étudiants en médecine dentaire et les convaincre de la nécessité de créer au moins des organisations nationales, promouvoir l’harmonisation des études dentaires, rassembler les connaissances appropriées et se rencontrer en tant qu’étudiants en médecine dentaire européens ».

Aujourd’hui, l’EDSA représente 65 000 étudiants issus de 31 pays répartis sur région européenne définie par l’OMS. Au total, quatre Français, dont Alyette Greiveldinger, ont été élus au poste de président de l’EDSA depuis sa création.

>> Pour en savoir plus : www.edsaweb.org

 

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